À 43 ans, il incarne le nouveau visage du pouvoir sénégalais. Depuis décembre 2024, ce cadre de Pastef transforme l’Assemblée nationale en multipliant les réformes : digitalisation, transparence financière, diplomatie active.

Selon un article de Mawunyo Hermann Boko publié le 8 août 2025 dans Jeune Afrique, El Malick Ndiaye, 43 ans, président de l’Assemblée nationale sénégalaise depuis décembre 2024, s’est lancé dans un vaste chantier de modernisation du Parlement. Celui qui est présenté comme un proche du Premier ministre Ousmane Sonko et cadre influent du parti Pastef bouscule les habitudes d’une institution accusée de léthargie.

La transformation la plus visible concerne la digitalisation des procédures parlementaires. « Fini le temps où on votait à main levée », se réjouit Oumar Sy, député d’un parti allié à Pastef, cité par JA. L’introduction du vote électronique marque une rupture avec des pratiques archaïques où les élus recevaient « dans des sacs les documents nécessaires à la compréhension des lois s’apprêtant à être votées ».

« Un tas de paperasse qui pouvait peser jusqu’à 18 kilos », se souvient le président de la Commission de l’Aménagement du territoire. Désormais, « chaque élu possède une tablette sur laquelle il peut consulter les différents textes via des clés USB », rapporte le magazine.

Cette modernisation s’accompagne d’efforts de transparence inédits. Un site internet rend compte régulièrement des activités du Parlement et une chaîne dédiée devrait bientôt voir le jour pour rendre l’institution plus accessible aux citoyens.

Paradoxalement, ces avancées technologiques contrastent avec l’état des infrastructures. Les députés travaillent encore sans réseau wifi dans des bureaux défraîchis, souligne l’article. El Malick Ndiaye a dû faire condamner « toute une aile d’un bâtiment en état de délabrement avancé » tout en engageant un programme de rénovation.

Si certaines initiatives sont saluées par l’opposition, celle-ci dénonce des « violations répétées du règlement intérieur » par le nouveau président. « L’opposition n’est pas présente au bureau de l’Assemblée nationale. Ils ont pris le poste de vice-président qui nous revenait de droit ! », tempête le député de l’opposition Abdou Mbow, selon Jeune Afrique.

Cette tension trouve son origine dans un incident survenu le 2 décembre lors de la formation du bureau de l’Assemblée. Des différences d’interprétation de la loi sur la parité ont poussé le groupe parlementaire Takku Wallu à boycotter les travaux. L’opposition souhaitait porter un homme, Farba Ngom (aujourd’hui incarcéré pour détournements présumés), à un poste normalement dévolu à une femme.

Un parcours militant assumé

L’ascension d’El Malick Ndiaye à la tête du Parlement a surpris au sein même de Pastef. C’est Ousmane Sonko qui a décidé de faire de ce spécialiste des transports et de la logistique « la deuxième personnalité politique la plus importante du pays », note l’article.

Membre fondateur de Pastef en 2014, El Malick Ndiaye compte parmi ceux qui ont « payé de leur liberté la conquête du pouvoir ». En mars 2023, il est arrêté puis inculpé pour diffusion de fausses nouvelles, avant d’être libéré cinq jours plus tard et placé sous bracelet électronique jusqu’en mars 2024.

Sous sa présidence, l’Assemblée nationale s’est soumise au Code des marchés publics dont elle était exemptée, et ses finances peuvent désormais être contrôlées. « Nous n’étions pas obligés de le faire. Mais on a accepté de nous soumettre à ces procédures », explique Oumar Sy, cité par Jeune Afrique.

La volonté réformatrice d’El Malick Ndiaye s’est heurtée au Conseil constitutionnel le 24 juillet. La haute juridiction a rejeté plusieurs dispositions d’une loi ambitieuse qui rendait obligatoire le passage devant une commission d’enquête parlementaire des personnes convoquées, y compris les magistrats.

Les juges ont estimé ces dispositions anticonstitutionnelles, considérant qu’elles remettaient en cause « l’indépendance de la justice et de la séparation des pouvoirs ». Selon eux, « un magistrat ne saurait donc comparaître dans des conditions pouvant porter atteinte à son indépendance et à sa liberté fonctionnelle ».

L’activisme international distingue El Malick Ndiaye de ses prédécesseurs. Il a multiplié les audiences avec des ambassadeurs et les voyages à l’étranger : Casablanca en février pour une réunion des présidents de Parlements africains riverains de l’Atlantique, Istanbul en avril pour une rencontre du groupe des amis de la Palestine, après un passage par l’Ouzbékistan.

« Ces différentes rencontres permettent de faire passer des messages auprès des dirigeants étrangers, alors que le Sénégal est à la recherche de partenaires financiers pour faire face à la crise causée par le scandale de la dette cachée », note une source diplomatique citée par Hermann Boko.

Cette diplomatie active s’est cependant trouvée interrompue en juillet dernier. El Malick Ndiaye a dû rentrer précipitamment de Paris le 12 juillet, où il assistait à la 50e session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, après l’attaque frontale d’Ousmane Sonko contre le président Bassirou Diomaye Faye.

Sept mois après sa prise de fonction, El Malick Ndiaye tente d’insuffler un « vent de rupture » dans une institution longtemps perçue comme passive. Malgré les résistances et les échecs, l’opposition reconnaît ses efforts. « Il y a aujourd’hui une volonté réelle de jouer la pluralité et d’associer l’opposition aux différentes initiatives », salue Amadou Ba, cinquième vice-président issu de Pastef.

Cette démarche de modernisation s’inscrit dans la volonté plus large du nouveau régime de transformer les institutions sénégalaises, mais révèle aussi les limites constitutionnelles de certaines ambitions réformatrices.

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